ZLECAf : où en est vraiment le commerce intra-africain ?

Lancée pour créer le plus grand marché unique du monde en nombre de pays, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) fête ses cinq ans d’échanges. Les discours sont enthousiastes, mais une question demeure : où en est réellement le commerce intra-africain ? Cette analyse fait le point sur les chiffres, les moteurs de la croissance et les obstacles qui freinent encore l’intégration du continent.

La ZLECAf en quelques mots

L’accord instituant la ZLECAf vise à supprimer progressivement les droits de douane sur la grande majorité des marchandises échangées entre pays africains, à libéraliser les services et à harmoniser les règles commerciales. Les échanges sous ce régime ont officiellement débuté en janvier 2021, avec l’ambition de bâtir progressivement un vaste marché continental, comme le rappelle le bilan publié par FinancialAfrik.

Sur le papier, l’enjeu est considérable : aujourd’hui, les économies africaines commercent beaucoup plus avec le reste du monde qu’entre elles. Réduire cette dépendance, c’est aussi renforcer la résilience du continent face aux chocs extérieurs, un thème que nous avions déjà abordé dans notre article sur l’économie verte comme opportunité pour l’Afrique.

Les chiffres : une progression réelle mais modérée

213,8 milliards de dollars en 2025

Selon le dernier rapport sur le commerce africain d’Afreximbank, relayé par The Guardian Nigeria, le commerce intra-africain est estimé à 213,8 milliards de dollars en 2025, contre 202,7 milliards en 2024, soit une hausse d’environ 5,5 %. C’est une dynamique positive, mais loin d’un décollage spectaculaire.

Des prévisions plus ambitieuses pour 2026

Afreximbank anticipe une croissance d’environ 10 % en 2026, qui porterait les échanges intra-africains à quelque 230 milliards de dollars, d’après Agence Ecofin. Il s’agit d’une prévision, qui reste à confirmer par les données réelles.

Qui tire les échanges ?

L’Afrique du Sud reste le premier contributeur, avec 19,2 % du commerce intra-africain en 2025 (20,8 % en 2024), devant des économies comme la Côte d’Ivoire (4,83 %). La croissance a aussi été soutenue par l’Éthiopie, l’Ouganda, la République démocratique du Congo et la Zambie, ainsi que par l’essor des exportations de produits pétroliers raffinés depuis le démarrage de la raffinerie Dangote. Preuve que la transformation locale change peu à peu la nature des flux.

Pourquoi l’intégration reste lente

Le déficit de financement du commerce

Afreximbank estime à environ 100 milliards de dollars par an l’écart de financement du commerce en Afrique. Sans crédit, garanties et paiements transfrontaliers efficaces, les petites entreprises peinent à exporter, même lorsque les droits de douane baissent.

Infrastructures, barrières non tarifaires et mise en œuvre

Au-delà des tarifs, les principaux freins sont connus : routes et corridors insuffisants, contrôles multiples aux frontières, lourdeurs administratives, normes divergentes et application inégale des concessions tarifaires. Ces difficultés pèsent particulièrement sur les petits commerçants, et notamment sur les femmes, très présentes dans le commerce transfrontalier informel.

Le défi des monnaies et des paiements

La multiplicité des monnaies renchérit les transactions. Les systèmes de paiement panafricains cherchent à y remédier, mais leur adoption reste progressive.

Ce que cela change pour l’Afrique de l’Ouest

Pour l’espace UEMOA et CEDEAO, la ZLECAf se superpose à des marchés régionaux déjà intégrés. L’enjeu est de s’appuyer sur ces acquis pour transformer sur place les matières premières, créer des emplois et alimenter les chaînes de valeur régionales. Notre présentation d’Afrique Eco Insight rappelle cette ligne : comprendre l’économie africaine à partir des réalités du terrain.

Conclusion : une intégration en marche, pas encore acquise

Le commerce intra-africain progresse, porté par la ZLECAf et par des dynamiques régionales, mais le potentiel reste largement inexploité. Trois chantiers conditionneront la suite : financer le commerce, fluidifier les frontières et appliquer réellement les engagements pris. Pour suivre ces analyses, vous pouvez suivre le blog Afrique Eco Insight.

Sources : Afreximbank (via The Guardian Nigeria, Agence Ecofin) et FinancialAfrik. Les chiffres 2026 sont des prévisions.

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